TD encadré par Vinciane Zabban
La surveillance repose sur un principe d’asymétrie informationnelle, sensée conforter le pouvoir des autorités. Cette asymétrie est, depuis plusieurs années, annoncée comme pouvant être remise en cause par la diffusion de l’usage de différentes technologies d’information et de communication (capture d’image, géolocalisation, bases de données, réseaux sociaux, etc.).
La capacité étendue des individus à enregistrer, diffuser et échanger des informations a encouragé la diffusion du concept de sousveillance, ou surveillance inverse, porté notamment par Steve Mann et Ian Kerr. La sousveillance est présentée comme une forme de contre-pouvoir, une possible réponse à la question du contrôle des gardiens, à l’instar de la veille des citoyens sur le travail de la police (cf. les polémiques générées autour des initiatives de type «copwatch» en France comme à l’étranger), ou encore via le travail mené par des organisations telles que WikiLeaks. En regard du pouvoir surplombant de «Big Brother», les TIC offriraient l’opportunité de développer ou du moins de consolider un contrôle «par le bas».
Si elle veut répondre en partie à la question «Who Watches the Watchmen ?» qui apparait dans l’oeuvre graphique de Moore et Gibbons, les débats ouverts par la notion de sousveillance dépassent les seuls enjeux de légitimité d’une surveillance inverse. Elle renvoie également aux questions que posent le déploiement d’une surveillance plus horizontale, diffuse et interpersonnelle de tous par chacun (cf. le projet Internet Eyes au Royaume Uni). Souvent locale, voire familière, opérant sur le mode «Little Sisters», cette autre modalité de la sousveillance qui s’exerce via les mêmes technologies, n’est pas sans évoquer un renouvellement de formes de contrôle communautaires traditionnelles. Le modèle d’une société de la transparence et de l’abandon de la protection de la vie privée au bénéfice – supposé – d’une sécurité accrue peut-être alors discuté.
La cartographie des débats portés par le concept de sousveillance passera par les questionnements suivants :
Comment la conception et la légitimité d’une surveillance «par le bas», participative, ou horizontale sont-elles équipées techniquement et socialement ? Sur quoi repose la légitimité particulière de l’usage actuel des technologies d’information et de communication ? Quels sont les appuis de la défense et de l’opposition à un contrôle et une régulation plus symétriques ? A quelles représentations des relations sociales et de pouvoir au sein d’une société font-ils écho ?
Références :
- Ganascia, J.-G. (2009). Voir et pouvoir: qui nous surveille ? Paris: Éd. le Pommier.
- Steve Mann, Jason Nolan and Barry Wellman (2003) “Sousveillance: Inventing and Using Wearable Computing Devices for Data Collection in Surveillance Environments” in Surveillance & Society 1(3) www.surveillance-and-society.org/articles1%283%29/sousveillance.pdf
- SiliconManiacs, 22/12/2010, «Wikileaks ou l’agence de sousveillance du peuple. Entretien avec J.G. Ganascia.» http://www.siliconmaniacs.org/wikileaks-ou-lagence-de-%C2%AB-sousveillance-%C2%BB-du-peuple/
- Cyborgology, 09/11/2011, «Sousveillance and Justice: A Panopticon in the Crowd.» http://thesocietypages.org/cyborgology/2011/11/09/sousveillance-and-justice-a-panopticon-in-the-crowds/
- LeMonde.fr, 14/10/2011, «La justice interdit le site web Copwatch» http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/14/la-justice-interdit-le-site-web-copwatch_1588162_3224.html