La pornographie et les « images numériques »

Encadrement: Fred Pailler

La pornographie est un objet ardemment discuté depuis au moins le
XVIIIème siècle, au point que l’on pourrait voir en elle l’archétype de
l’objet de controverse. Le plus souvent, la pornographie est jugée
problématique à cause des contenus sexuels qu’elle produit. Toutefois,
que cette dimension sexuelle prenne l’aspect d’un combat politique,
d’une émancipation des mœurs, ou toute autre forme, c’est toujours parce
qu’elle associe un media (livre, cinéma, magazine) à la sexualité, que
la pornographie déchaîne les passions, au point que les controverses
enflammées à son sujet durant les années 80 aux USA ont été appelées les
« sex-wars ». Aujourd’hui, les actrices et acteurs porno peuvent être
adulés et reconnus (R. Siffredi, C. Morgane, S. Grey, F. sagat), et le
terme même de « porno » désigner une certaine esthétique (le « porno-chic »,
etc.), la pornographie semble avoir trouvé sa place dans la culture de
consommation.

Le passage au numérique, c’est-à-dire la transformation de la manière
dont on produit la pornographie, mais aussi dont on la fait circuler et
dont on y accède, a eu différentes incidences sur sa définition et sur
les acteurs (au sens sociologique) qui peuvent désormais y concourir :
la pornographie trouve un nouveau souffle en tant qu’étincelle aux
débats, d’abord parce que sa production est de plus en plus éclatée
entre internautes-amateurs et professionnels, mais aussi parce que des
circuits (plateformes de partage Xtube-like ou 4chan vs. sites de
rencontre/), des motifs (rencontres en ligne et cybersexe comme relation
vs. pratiques masturbatoires), et des esthétiques (webcam vs. industrie
hollywoodienne) ont pour effet d’en diffracter complètement la
définition, mais aussi les usages et les usagers.

La numérisation de la pornographie pose de nouvelles questions tout en
en relançant de plus vieilles : la facilité de l’accès  » à domicile » par
l’internet peut être envisagée sous l’angle du confort et de la culture
mais aussi sous l’angle de l’addiction, de l’envahissement techniquement
favorisé (spams porno…) ou des risques pour les enfants. La variété des
contenus et des manières de la produire/visionner la pornographie
peuvent être vus comme un manquement à une conception hétéronormative de
la vie sexuelle, ou bien comme un outil pédagogique nourrissant des
« cultures pratiques » plutôt que conjugales. Enfin, la possibilité de
produire aussi bien des images de synthèses totalement irréalistes, que
des films tournés-montés ou  diffusés en live plus authentiques,
rendrait toute expression sexuelle représentable (surtout celles jugées
communément les « pires » : pédophilie, nécrophilie, etc. mais aussi
représentations de portions du corps tenues pour tabous selon certaines
cultures, etc.) et redéfinirait les limites entre réel et fantasmes,
entre désirs autorisés et tabous, etc., au-delà des ancrages locaux,
territoriaux et culturels, et surtout au-delà d’une supposée neutralité
sexuelle des objets techniques.

Il s’agira donc de déployer les éléments de discours ainsi que la liste
des acteurs et des points de frictions autour de la numérisation de la
pornographie afin de repérer entre autres la place que prennent les
arguments et les objets techniques dans la production des discours sur
la sexualité.

De nombreux auteurs ont posé en français les fondements de certains
arguments alimentant ou délimitant la controverse sur l’accès à la
pornographie numérique : M. Iacub, V. Despentes, M. Marzano, R. Ogien,
B. Preciado, D Frau-Meig, Ovidie, etc.

pour la bibliographie, il est possible de consulter :
OGIEN R. « libéraux et Pornographes »
http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2003-3-page-5.htm
ou
à propos de OGIEN R.
http://www2.cndp.fr/magphilo/philo11/pornographie.htm

la dernière proposition de loi déposée à l’assemblée nationale contre
la diffusion de la pornographie et défendue par le député Vanneste :
http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion3687.asp

m(hystérie) blog queer et féministe :
http://mhysterie.ouahpiti.info/index.php/2011/04/27/le-porno/